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Entretien avec PAN NALIN

12 janvier 2007

PAN NALIN

Le premier long métrage de Pan Nalin, SAMSARA, a connu un immense succès critique et public dans le monde entier et a remporté plus d’une trentaine de prix internationaux, dont plusieurs Prix du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur acteur, ainsi que le Prix Nestor Almendros de la meilleure photo. Le film a obtenu cinq Prix du public dans cinq pays différents. SAMSARA est sorti à ce jour dans 62 pays et a été acheté par Miramax/Disney pour les Etats-Unis et par Sony Pictures Entertainment pour l’Inde. A ce jour, il a rapporté plus de 20 millions d’euros.

Le documentaire de long métrage de Pan Nalin, AYURVEDA : L’ART DE VIVRE, sortie en 2005 est actuellement sur les écrans du monde entier. Le film a remporté le Prix du meilleur documentaire aux festivals du film de Galway et de Los Angeles. Il est resté en salles pendant un an en Espagne et a valu à Pan Nalin un prestigieux prix Vida Sana. AYURVEDA : L’ART DE VIVRE a connu précédemment un succès similaire aux Etats-Unis, au Canada, en Allemagne, en Suisse, en Hollande et en Autriche.

LA VALLEE DES FLEURS, le dernier film de Pan Nalin, a été acheté par plus de 30 pays.

Pan Nalin, metteur en scène autodidacte, est issu d’une famille pauvre d’Adatala en Inde. Son éducation spirituelle est, à son avis, la plus grande richesse qu’il a reçue de sa famille. Il a passé la plupart de sa jeunesse dans les gares. Il aidait son père qui vendait du thé et des coupe-faims. A cette époque, il était déjà captivé par les glaces, la lumière et l’ombre. Le village où il vivait, isolé du monde vivant et près de la campagne, stimulait son imagination. Enfant, Nalin n’aimait pas aller à l’école. Il peignait et dessinait beaucoup. De temps en temps il jouait dans des pièces de théâtres et des drames mythologiques. Il a vu son premier film à l’âge de six ans et depuis son seul souhait était d’être réalisateur.

Pour apprendre l’anglais, il nettoyait le bureau d’un missionnaire chrétien. Nalin a pu étudier à l’Académie Nationale du Design, prestigieux en Inde. Là il a étudié la communication visuelle et a continué à réaliser des films. Nalin a également géré un ciné club. Il organisait souvent des festivals et des rétrospectives de Tarkovsky, Godard, Bergman, Kurosawa et Eisenstein.

Après avoir suivi les cours de Beaux-arts et de design, Pan Nalin réalise quatre films d’animation et une vingtaine de courts-métrages muets. Il part alors s’installer à Bombay où il commence à travailler comme réalisateur. Les producteurs qui l’emploient prennent conscience de son talent et lui offrent la possibilité de réaliser des spots publicitaires.

De retour en Inde à l’issue d’un périple de six mois à travers l’Europe, Pan Nalin part pour l’Himalaya en quête d’une solide expérience spirituelle, tout en développant les thèmes de plusieurs longs-métrages. Sans cesser d’écrire, il commence à tourner quelques courts-métrages de fiction. Il réalise également plusieurs documentaires produits par Canal+, le BBC, Discovery Channel et France 3.

Pan Nalin travaille à présent sur son premier film en anglais, une épopée d’arts martiaux intitulée SATORI, SUDDEN ENLIGHTENMENT, qui sera tournée en Thaïlande, au Cambodge et en Inde. SATORI est développé par Fred Fuchs, le producteur de VIRGIN SUICIDES, DRACULA et LE PARRAIN 3.

(Dossier de presse)

Entretien avec PAN NALIN

Propos recueillis par Anne Magidson, critique cinématographique new-yorkaise, historienne et auteur.

Comment le film est-il né ? J’ai toujours eu envie de raconter une histoire d’amour exceptionnelle. Je travaillais sur quelques idées lorsque j’ai découvert par hasard le livre d’Alexandra David Neel, « Magie d’amour et Magie noire ». Ce livre m’a énormément inspiré et LA VALLEE DES FLEURS a commencé à prendre forme dans mon cœur, puis sur le papier.

Peut-on dire que cette histoire est un peu celle de Roméo et Juliette dans l’Himalaya, dans un contexte bouddhiste ? Les amants de LA VALLEE DES FLEURS sont uniques. Je voulais explorer ce qui se passerait si une histoire dans l’esprit de celle de Roméo et Juliette se déroulait en Inde ou en Asie. Rien ne serait alors pareil, ni leur rencontre, ni l’éclosion de leur amour, ni la vie, ni la mort... La raison pour laquelle personne n’avait encore jamais essayé m’est apparue clairement quand j’ai commencé à travailler dessus : c’est un chemin extrêmement ardu si l’on veut faire preuve d’originalité. Et c’est très difficile de positionner un film comme n’appartenant à aucun genre donné. C’est une expérience. Je me suis toujours dit « Il y a déjà des centaines de milliers de films dans notre monde, pourquoi en ajouter un de plus, s’il n’est pas exceptionnel ? », pour moi, LA VALLEE DES FLEURS relève le défi .

Le film unit époque ancienne et nouvelle... Tarkovski l’a dit : « Faire du cinéma, c’est sculpter le temps. » J’aime travailler et retravailler le temps. Le temps est le plus fascinant des éléments, il gouverne toute notre existence, mais comment recréer toute une vie dans l’espace d’un film ? C’est pour cela que je voulais que les amants de LA VALLEE DES FLEURS vivent à travers les siècles, jusqu’au moment où l’on réalise que les amants ne sont pas éternels, mais que l’amour, si.

Avec SAMSARA, vous avez réinventé toute la structure et le style cinématiques à travers une construction hypnotique du son et une « construction de l’image inconsciente » pour l’esprit. Pourquoi une telle volonté d’être différent, original ?

Je cherche encore ma voix cinématographique. Je désire rester libre d’aborder tous les genres de films et tous les genres d’histoires. Mon énergie et mon excitation proviennent de l’inconnu et de l’inexploré.

LA VALLEE DES FLEURS a des personnages différents, un autre ton, une autre atmosphère. J’ai évité délibérément des choses comme « il faut aimer le héros », « il doit surmonter les obstacles », et autres. J’ai au contraire essayé de retrouver l’atmosphère authentique de la route de la soie à l’époque. Que se passe-t-il quand un démon et un humain tombent amoureux l’un de l’autre ? Qui est en danger, l’humain ou le démon ? Ni l’un ni l’autre, mais la Nature, elle, l’est... C’est l’équilibre de Mère Nature qui est menacé. Et donc, le Yéti se manifeste pour protéger la nature et restaurer l’équilibre.

Comment avez-vous conçu l’impressionnante scène du voyage dans le temps à pied ? Le pouvoir du montage est fascinant. C’est le montage qui fait exister un film. Dans la séquence de « la marche dans le temps », je ne voulais utiliser ni effets visuels numériques ni images de synthèse, je voulais travailler sur le son et l’articulation des images. La scène de la marche dans le temps a été tournée sur plusieurs semaines dans plusieurs lieux différents en Inde, au Japon et en Allemagne.

Durant le tournage, c’était une scène qui apparaissait presque tous les jours sur notre feuille de service. Par la suite, il a fallu plusieurs semaines de travail sur le son pour évoquer différentes époques s’étendant sur deux siècles. Pour résumer, nous avons décidé d’avancer de dix ans en dix ans à chaque coupe, chaque plan, pour couvrir la durée de deux siècles.

Parlez-nous de votre exceptionnel casting. Nous avons effectué le casting dans différents pays, et j’ai finalement trouvé l’acteur indien Milind Soman pour jouer Jalan. Après avoir auditionné quelque 400 actrices, j’ai découvert l’actrice franco-chinoise Mylène Jampanoi pour jouer Ushna pour la partie indienne et une actrice japonaise, Eri, pour jouer la Ushna contemporaine à Tokyo. Et c’est la grande star indienne Naseeruddin Shah qui joue le Yéti.

J’avais aussi des acteurs non professionnels, et des nomades et des gitans pour jouer les bandits, ainsi que des acteurs tibétains pour certains seconds rôles. Le casting le plus étonnant est celui de Sadhus et Aghoris qui sont effectivement des ascètes himalayens. Au Japon, j’ai eu la chance d’avoir certains des acteurs les plus réputés du cinéma et du théâtre. Ils ont aimé le script et ils voulaient jouer dans ce film, même pour de petits rôles.

Vous possédez le talent de faire des films originaux, dans un style original, avec des histoires originales... Ne craignez-vous pas d’échouer ? Quand j’ai quitté mon village en Inde il y a très longtemps, je n’avais rien. Aujourd’hui, je n’ai plus peur, parce que je n’ai rien à perdre. Je peux facilement me détacher de mes films. Je suis un honnête conteur d’histoires, mon seul confort consiste à faire des films avec amour et passion. Je ne crois pas aux canons préconçus du cinéma « artistique » ou « commercial », je crois qu’il y a des films que l’on aime et d’autres que l’on n’aime pas. C’est aussi simple que ça.

Sonia Rannou
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